Rassembler les forces de l’Ontario pour la recherche et le traitement des commotions cérébrales

Par : Johnathan Tran, stagiaire en informatique, Institut ontarien du cerveau 

Il est facile de tenir la santé cérébrale pour acquise si on ne l’a pas perdue. Composé de milliards de cellules interconnectées, le cerveau humain, logé dans un crâne osseux solide, est remarquablement résistant, mais cela ne l’immunise pas contre les blessures. Lorsque la tête est secouée ou frappée, le cerveau peut se cogner au crâne, ce qui endommage ses cellules et déclenche une série de symptômes négatifs. L’échelle clinique des blessures cérébrales est subdivisée en trois catégories : blessure légère, modérée ou grave; la commotion cérébrale est une forme de traumatisme crânien léger. L’incidence des traumatismes crâniens modérés et graves peut être déterminée à l’aide des dossiers d’hospitalisation, mais les commotions cérébrales, qui constituent jusqu’à 80 % des traumatismes crâniens, ne sont généralement pas diagnostiquées à l’hôpital et leur prévalence peut être sous-estimée au sein des populations dans le monde.

La société est davantage sensibilisée aux commotions cérébrales grâce aux efforts d’athlètes connus comme l’ancien joueur de la LNH Eric Lindros, qui travaille à la sensibilisation et au traitement des commotions cérébrales. Des joueurs actuels de la LNH suivent la voie de Lindros, notamment Gabriel Landeskog, capitaine de l’avalanche du Colorado, qui a affirmé qu’il était temps de « s’élever et de discuter » des commotions cérébrales et de la stigmatisation les entourant.

Nous entendons parler des commotions cérébrales principalement dans le contexte du hockey, du football ou du rugby, mais les athlètes ne sont pas les seuls qui en souffrent. En fait, la majorité de commotions cérébrales (70 %) ne sont pas reliées à la pratique sportive. Plus de 500 000 Canadiens vivent avec un traumatisme crânien modéré ou grave causé par un accident de véhicule à moteur, une chute ou une blessure en milieu de travail. Les commotions cérébrales, bien qu’elles soient difficiles à diagnostiquer et à déceler, peuvent avoir de réelles conséquences sur la cognition et la santé mentale, en plus de nuire à la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes. C’est pourquoi il est dans notre intérêt fondamental d’investir dans la recherche qui permettra de mieux diagnostiquer, traiter et prévenir les traumatismes crâniens, y compris les commotions cérébrales.

Qu’est-ce que l’Ontario fait?

L’Ontario compte quelques chercheurs neuroscientifiques parmi les meilleurs au monde. Elle possède également une grappe neurotechnologique émergente – une communauté grandissante de gens et de jeunes entreprises qui mettent au point des technologies cérébrales. L’objectif de l’IOC consiste à les rassembler afin de faire progresser la conception d’outils et de traitements qui amélioreront la vie des gens aux prises avec des troubles cérébraux. Plus de 227 600 Ontariens vivent avec des traumatismes cérébraux modérés ou graves1, et plus d’un million de personnes souffrent de commotions cérébrales. Il est évident qu’il reste du travail à faire dans ce domaine.

En 2010, au moment de la création de l’IOC, sept domaines de recherche ont été priorisés suite à l’évaluation des forces de la communauté de recherche ainsi que des occasions d’influencer la santé et l’économie avec la recherche collaborative. Les commotions cérébrales faisaient partie des domaines proposés au départ, et bien qu’elles n’ont pas été intégrées à l’un des cinq programmes de recherche à ce moment, l’IOC a fourni du soutien à la communauté de recherche sur les commotions cérébrales afin d’explorer la possibilité de lui faire prendre de l’ampleur dans le futur.

Cet automne, l’IOC, en partenariat avec la Fondation ontarienne de neurotraumatologie, a organisé un symposium avec des chercheurs de l’Ontario afin de discuter ce qui serait nécessaire pour créer une stratégie collaborative de liaison entre la recherche et le traitement dans la province. La rencontre a rassemblé des chercheurs en traumatismes crâniens de plusieurs disciplines, y compris des cliniciens, des généticiens, des neurobiologistes et des experts en neuroimagerie. L’amélioration de la détection des commotions cérébrales et le diagnostic de la sévérité des commotions cérébrales font partie des domaines critiques cernés. Quelques développements prometteurs ont lieu en ce moment, mais les techniques de neuroimagerie présentement utilisées, comme l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), ne peuvent détecter les commotions cérébrales avec fiabilité. Quelques chercheurs ont suggéré qu’une combinaison de modalités diagnostiques pourrait détecter les commotions cérébrales de façon plus précise et permettre d’évaluer leur sévérité. Un tel outil serait utile pour le diagnostic et le suivi des commotions cérébrales, ce qui aiderait ceux qui en sont atteints à retourner à leurs activités normales. Pour y parvenir, il faudrait réunir la communauté de recherche sur les commotions cérébrales de l’Ontario, qui est extrêmement talentueuse, pour effectuer un travail acharné.

En plus d’étudier de nouvelles façons de soutenir la recherche fondamentale centrée sur le patient, l’IOC investit également dans les entrepreneurs potentiels du domaine de la neurotechnologie en Ontario. Le programme des ONtrepreneurs est une initiative de l’IOC qui leur offre une formation en affaires et du capital afin qu’ils mettent au point leurs nouvelles neurotechnologies. Depuis sa création en 2012, ce programme a aidé 34 entrepreneurs.

Cette année, l’un des ONtrepreneurs de l’IOC se penche sur quelques lacunes actuelles en matière de traitement des commotions cérébrales. Bien qu’un effort de recherche sur le diagnostic et le traitement des commotions a été déployé, les connaissances reliées à leur prévention demeurent limitées. Dr Theo Versteegh, un ancien joueur de football universitaire de la Western University, effectue de la recherche sur la prévention des commotions cérébrales et fait partie des ONtrepeneurs de 2016. Son produit, TopSpin 360, est un appareil d’entraînement du cou qui vise à réduire les risques de commotion cérébrale chez les athlètes. L’appareil utilise un casque de football modifié qui renforce le cou des utilisateurs par des forces rotationnelles comme celles qui sont subies lors d’impacts menant à des commotions. Ce moyen d’augmenter la force du cou pourrait aider les gens à réduire la rotation de leur tête lorsqu’ils subissent des mouvements de type entorse cervicale pouvant mener à des commotions. Des membres de l’équipe de football masculin de la Western University ont essayé l’appareil et les résultats de l’étude initiale étaient prometteurs – les athlètes utilisant l’appareil ont affirmé avoir subi moins de commotions que ceux qu’ils ne l’ont pas utilisé2. Cette technologie pourrait être particulièrement utile pour les athlètes féminins, car les femmes seraient plus susceptibles à ce mécanisme de commotion en raison de leur musculature de cou plus petite. Dr Versteegh et son équipe ont mis TopSpin360 à la disposition des équipes de sports de niveau élite et des partenaires potentiels de recherche.

L’IOC croit que les collaborations futures entre les chercheurs et les cliniciens de l’Ontario ont le potentiel de mener à des percées scientifiques en matière de diagnostic, de pronostic, de réhabilitation et de prévention des traumatismes crâniens. En partenariat avec l’industrie, ces percées favorisent la naissance de technologies importantes pour prévenir les traumatismes crâniens chez les populations à risque et améliorer la rémission des traumatismes crâniens. De plus, avec le soutien et les commentaires des patients et de leurs groupes de défense, nous pouvons nous assurer que nous nous concentrerons sur les bons domaines de recherche et que nous transmettrons de nouvelles connaissances à la communauté. Nous travaillons tous pour que les traumatismes crâniens ne soient plus un mystère, pour que les gens aux prises avec un traumatisme crânien soient diagnostiqués et traités de façon précise afin qu’ils puissent recommencer à mener une vie épanouie. L’IOC croit qu’il est possible d’y arriver. Il ne s’agit que de rassembler les bonnes personnes.

 

  1. Ng R, Maxwell CJ, Yates EA, Nylen K, Antflick J, Jetté N, Bronskill SE. Brain Disorders in Ontario: Prevalence, Incidence and Costs from Health Administrative Data. Toronto, ON: Institute for Clinical Evaluative Sciences; 2015.
  2. Versteegh, Theo H., Development and Initial Validation of Novel Multi-Planar Neck Strength Assessment and Neuromuscular Training Protocols (2016). Electronic Thesis and Dissertation Repository.Paper 3511. http://ir.lib.uwo.ca/etd/3511.

Commentaires