La santé mentale et la santé du cerveau se rejoignent – un changement de paradigme

Lorsque la Grande-Bretagne a nommé Tracey Crouch sa toute première ministre de la Solitude, la plupart des gens ont trouvé cela comique. L’apparente futilité de cette nomination s’est rapidement dissipée et a suscité d’importantes questions sur la santé mentale, dépassant les frontières britanniques. Cet enjeu concerne-t-il uniquement la Grande-Bretagne? Et la solitude n’est-elle plus une affaire personnelle? La Commission Jo Cox sur la solitude qui a exhorté la Grande-Bretagne à agir a révélé que plus de 9 millions de personnes en Grande-Bretagne – environ 14 % de la population – se sentent souvent ou toujours seules, coûtant aux employeurs jusqu’à 3,5 milliards de dollars par an, sans parler des coûts personnels sur le plan du bien-être.

Ici, en Ontario, notre gouvernement a engagé 3,8 milliards de dollars sur 10 ans pour élaborer et mettre en œuvre la Stratégie ontarienne globale de santé mentale et de lutte contre les dépendances. Selon la stratégie, les coûts économiques de la santé mentale au Canada seulement ont été estimés à 50 milliards de dollars par année. La dépression majeure touche près de 2 millions de Canadiens et Canadiennes chaque année et est la principale cause d’absence du travail, plus que le cancer ou les maladies cardiaques. La dépression est en soi un facteur de risque pour le suicide, responsable de plus de 3 500 décès par année au Canada. La santé mentale est un sujet de préoccupation au pays et à l’étranger, et pour cette raison, nous devons reconnaître et résoudre le problème maintenant.

Il y a déjà beaucoup de travail formidable en cours ici en Ontario et au Canada; des campagnes telles que Bell Cause pour la cause et The Future Is Stigma Free, qui s’efforcent de créer un changement positif dans le domaine de la santé mentale en faisant naître de l’espoir et du soutien pour les personnes en difficulté, y ont vu le jour. Au niveau communautaire, il existe des centaines d’organismes qui offrent un soutien individualisé aux personnes et aux communautés à risque. Par exemple, Check Up From The Neck Up de la Mood Disorders Association of Ontario (MDAO) est un simple questionnaire en ligne qui aide à identifier les symptômes des troubles de l’humeur courants et aide les gens à trouver de l’aide. L’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) facilite l’accès aux ressources pour promouvoir l’intégration communautaire, renforcer la résilience et soutenir le rétablissement d’une maladie mentale. Et nous avons chez nous de généreux philanthropes qui font des dons substantiels à des institutions comme l’ACSM, le plus grand hôpital d’enseignement et centre de recherche en santé mentale au Canada, le tout dans l’espoir d’une meilleure prévention, de meilleurs traitements et de meilleurs soins.

La province a certainement la passion, le talent et les ressources nécessaires, bien qu’un défi de cette ampleur exige un effort solidaire. Notre rôle, à l’Institut ontarien du cerveau (IOC), est de réunir les chercheurs, les cliniciens, l’industrie, les patients et leurs défenseurs, en concentrant leurs forces pour atteindre l’objectif commun d’améliorer la santé du cerveau. À nos yeux, la santé mentale et la santé du cerveau se rejoignent. Comme d’autres troubles du cerveau et du système nerveux, nous pensons qu’il s’agit d’un problème qui peut être résolu si nous travaillons ensemble et si nous l’abordons sous plusieurs angles, y compris la recherche, la commercialisation et les soins.

La recherche produira de nouvelles cibles pour le traitement de la dépression. Par exemple, le Canadian Biomarker Integration Network in Depression (CAN-BIND), le programme de recherche sur la dépression de l’IOC, rassemble des experts des quatre coins de la province pour identifier les biomarqueurs de la dépression afin d’aider à offrir un traitement rapide et précis ciblant spécifiquement chaque personne.

Nous nous efforçons également de donner aux individus les moyens de participer activement à leurs propres soins. Pour ce faire, CAN-BIND a travaillé avec ses patients partenaires et le MDAO pour traduire les Lignes directrices cliniques de 2016 pour la prise en charge des adultes atteints d’un trouble dépressif majeur de l’humeur et de l’anxiété du Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) en lignes directrices CHOICE-D adaptées aux patients. À ce jour, les lignes directrices ont été téléchargées 2 416 fois et disponible en français, en anglais et en mandarin.

Les nouvelles technologies peuvent aider à gérer la dépression et à soutenir la prestation de soins. Morgan Rosenberg, PDG de Resili, et ONtrepreneur de l’IOC, s’est associé au MDAO pour aider à façonner le développement de son produit. Le partenariat a permis à Morgan de prendre le pouls des personnes ayant vécu l’expérience eux-mêmes et de leurs soignants en ce qui concerne la conception et l’utilité de l’application en l’adaptant aux besoins de ses utilisateurs finaux.

Et au niveau communautaire, un partenariat avec les Chefs de l’Ontario, le Conseil des jeunes des Premières Nations de l’Ontario, l’Université Western et l’IOC a mené à un programme, Stories from our Roots, qui vise à développer et mettre en œuvre un programme intégré de bien-être mental qui augmente la résilience et réduit les facteurs de risque associés au suicide chez les jeunes des Premières Nations de l’Ontario.

Sans le travail collaboratif des meilleurs chercheurs au monde dans le domaine du cerveau, d’entreprises en démarrage prometteuses et des plus fervents défenseurs des patients, nous n’aurions pas pu parcourir tout ce chemin, mais nous devons maintenir l’élan. En rassemblant les personnes les plus compétentes, nous pouvons identifier plus tôt des biomarqueurs précis de la dépression afin de faire correspondre de manière fiable le bon traitement de la dépression au bon patient au bon moment; grâce au partage de données, nous pouvons tirer parti des connaissances de chacun et mieux comprendre les troubles, quelles que soient les modalités; en aidant les jeunes entreprises à développer de nouveaux outils et technologies, nous pouvons aider les gens à surmonter les défis quotidiens et à s’adapter à leur nouvelle normalité; et nous pouvons répondre aux besoins les plus urgents de la communauté en écoutant leurs préoccupations et en adaptant nos recherches à leurs priorités.

Ensemble, nous pouvons aider à soutenir la stratégie décennale de l’Ontario pour s’attaquer aux problèmes de santé mentale et entrevoir un monde où les gens n’ont pas à essayer plusieurs traitements aléatoirement pour en trouver un qui fonctionne, où les familles ne perdent pas leurs proches à cause de la dépression et où le suicide n’est jamais une option. L’Ontario montre déjà la voie dans son travail de collaboration et, ensemble, nous pouvons changer les perspectives de la santé mentale et des 2 millions de Canadiens et Canadiennes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

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